Née d’un projet d’entraide entre de jeunes Français en difficultés et la population locale, la Pouponnière de Mbour, au Sénégal, est un lieu d’accueil provisoire du tout petit enfant privé de sa maman.


Elle permet aux orphelins et aux enfants dont la famille ne peut pas s’occuper, de vivre dans un milieu protégé, la première année de leur vie où leur existence est si fragile. Nous préparons le retour de l’enfant dans sa famille à un an, et dans les quelques situations où ce retour est impossible, nous l’accueillons à l’Unité familiale.

En constatant les besoins des populations drainées vers nous par la Pouponnière, Vivre Ensemble Madesahel a progressivement étendu son action en touchant d’autres publics que les tout-petits.


ETAT DES LIEUX
Mbour et son département sont une manne financière pour le pays (immobilier, tourisme, pêche, commerce, emplois de services…). Ils se composent d’une population nombreuse et très hétéroclite : des investisseurs nantis friands du charme (et des revenus) de la Petite Côte, une population locale (notamment Sérère) installée depuis longtemps, des gens affluant de partout depuis une quinzaine d’années dans l’espoir de trouver du travail. Parmi ceux-ci, les derniers arrivés ne trouvent pas le contexte espéré et se retrouvent encore plus démunis que dans les villages, avec des conditions économiques, sociales et sanitaires extrêmement difficiles. Ils forment souvent les habitats spontanés des quartiers périphériques.

Autour de la ville, qui a presque doublé de superficie en dix ans, se trouvent les villages de brousse (souvent des hameaux) restés attachés à la vie rurale mais subissant aussi sévèrement les hausses importantes du coût de la vie.
La vie rurale est en souffrance avec des revenus insuffisants et beaucoup de gens qui abandonnent les cultures (surtout le maraîchage). Certains doivent céder la place aux ventes immobilières aux prix exorbitants qui les repoussent davantage dans la brousse et leur barrent l’accès à la propriété.

Plus loin, dans d’autres départements, les localités sont moins surpeuplées que ne peuvent l’être Dakar, Mbour ou Kaolack, mais les conditions de vie y sont comparables.

Pour le plus grand nombre, les revenus sont faibles et sensés couvrir les dépenses de familles nombreuses. Cette situation a de nombreuses incidences : sur la nutrition de toute la famille, sur la durée de scolarité des enfants, sur le moral, la santé et la vitalité de tous.

La situation économique d’une grande partie de la population est plus que préoccupante, souvent de l’ordre de la survie plus que de la vie. Dans ces conditions, il est difficile de regarder l’avenir et de faire des projets.

Du côté du soin, les structures de santé sont insuffisantes et surtout inaccessibles pour de nombreuses personnes trop démunies : déplacements, accès au soin et médicaments hors de portée incitent les gens à patienter, souvent trop longtemps.
Depuis certains villages, et notamment pendant la saison des pluies, ce n’est qu’en charrette que les habitants peuvent aller se soigner, moyennant souvent la participation de l’entourage.

C’est dans ce contexte, dans une culture où "l’état de grossesse" est un peu tabou, que de nombreuses femmes sont peu ou pas suivies pendant cette période prénatale si fragile.
Il est recensé 1 sage-femme pour 4 à 7000 femmes en âge de procréer là où l’O.M.S. en recommande 1 pour 500.
En 2005, la mortalité maternelle touchait 405 femmes pour 100 000 naissances vivantes en comptant seulement les accouchements assistés (territoire sénégalais).

Mal préparés, accueillis dans des structures inadaptées à l’urgence, l’accouchement et ses suites tournent trop souvent au drame, laissant démunis familles et nouveau-nés.


HISTOIRE
En janvier 2001, l’association Vivre Ensemble vient s’intégrer dans la vie mbouroise et met en route le séjour de rupture. Le principe est de remobiliser et revaloriser de jeunes français en difficulté, dans un séjour de neuf mois, à travers des chantiers humanitaires.
Ainsi, accompagnés par une équipe éducative sénégalaise, c’est une immersion dans ce mode de vie africain qui aide les jeunes à rebondir.

Pour remercier le pays de ce précieux enrichissement apporté à nos jeunes "toubabs ", la directrice, Mme BURON-MILLET décide comme elle le peut, d’accueillir ces petits enfants en danger et de répondre à leurs besoins urgents.
Elle crée alors la pouponnière avec l’accompagnement et le soutien du défunt Professeur Birama Seck, pédopsychiatre et précieux ami qui intervenait auprès des jeunes Français.

Les adolescents en séjour de rupture sont directement impliqués dans la vie de la pouponnière à travers l’affection qu’ils attribuent à leurs bébés chouchous, et surtout à travers le stage qu’ils y effectuent pendant leur séjour, bravant ainsi leurs appréhensions à s’occuper de petits bébés. C’est ainsi, qu’en accord avec les Conseils Généraux français, 23% du prix de journée de chaque jeune accueilli sont consacrés au fonctionnement de l’action sociale : chantiers humanitaires et la pouponnière !

Depuis février 2002, date de création de la pouponnière, environ 300 enfants ont été accueillis et ceux qui ont atteint l’âge de sortir sont retournés en famille pour la plupart. Certains malheureusement décèdent, d’autres ne pouvant pas repartir vont à l’unité familiale, deux enfants ont trouvé leur nouvelle famille où grandir et être aimés.

Depuis plusieurs mois, le nombre de bébés accueillis dépasse les capacités spatiales des locaux et c’est pourquoi, suite à l’extension gracieuse de notre terrain par la Mairie de Mbour, la construction d’un nouveau bâtiment plus vaste et plus fonctionnel a été lancée en mars 2006. Bébés et personnel : tout le monde y sera plus à l’aise.
Mais comment éviter que ces enfants aient besoin de nous ?

LA PREVENTION
Si accueillir les enfants paraît bien souvent de l’ordre du VITAL, l’expérience montre que pour les aider et prévenir leurs difficultés, il faut généralement passer par les familles en prévenant aussi les problèmes de santé et de malnutrition.

A son échelle, l’O.N.G. fournit quand elle le peut (et gratuitement) des petits soins et des médicaments aux personnes indigentes qui ont une ordonnance ; parfois de la nourriture à ceux qui en sont dépourvus.
Pour l’avenir, nous voudrions nous donner les moyens de mieux répondre aux urgences vitales pour les gens qui n’ont aucun recours aux soins en construisant un petit dispensaire.

Nommé tuteur judiciaire en juillet 2005 par les autorités sénégalaises, pour la protection qu’elle confère à l’enfance en danger, l’O.N.G. est maintenant sollicitée par différents services sociaux pour accueillir des enfants plus grands, livrés à la rue ou en proie à des maltraitances (les Talibés). Ce titre a donné naissance au projet Accueil Grande Enfance en cours de réalisation.


DEMAIN
Ainsi, par la force des choses, l’activité de Vivre Ensemble Madesahel se diversifie, là où trop souvent on ne peut orienter nulle part ailleurs ceux qui nous présentent leurs difficultés de l’ordre de la survie.

Ces actions orientées sur les pôles de la protection de l’enfance, de la santé, et de l’aide aux plus démunis viennent tenter de soulager, si petitement soit-il, la détresse sociale des gens, et défendre le droit à la dignité.

Ces actions ont un coût et les 23% du prix de journée des jeunes alloués au projet social ne suffisent pas à la vie de la structure. Alors chaque aide que l’on reçoit est précieuse car elle représente toujours un peu plus pour ceux qui peinent.

De nombreux amis de la pouponnière le savent et se joignent, à leur façon, à leur échelle, à cet ouvrage solidaire du quotidien. C’est à toutes ces petites et grandes participations généreuses que nous devons la continuité de la Pouponnière. Et vous aussi vous pouvez apporter la vôtre...

Lors de sa création, en février 2002, la Pouponnière était financée pour accueillir 20 bébés... elles en comptent plus de 120 à ce jour.